Le temps était pluvieux sur la Congrégation de l'Ombre, l'air lourd, chargé d'humidité. Du haut de sa haute corniche, la tour perçait la couche de nuages gris qui s'était abattue sur le ciel, cachant le soleil.
Une légère pluie commença à tomber. Mouillant le chemin grossièrement pavé, encadré de barrières noires et pointues menant à l'entrée principale du bâtiment, sillonnant à travers la forêt avoisinante.
Un éclair stria le ciel noir, et presque aussitôt, un assourdissant coup de tonnerre ébranla l'air. Soudain, s'abattit une pluie diluvienne, drue, violente et glacée qui mordait rudement la peau pour peu qu'elle soit un peu sensible.
- Putain...
Un juron, suivit du bruit mat d'un corps qui se laisse tomber dans la terre glaise et d'un soupir de soulagement digne d'un revenant du bagne firent l'entrée d'une silhouette encapée qui, dans un ultime effort, se hissa au sommet de la corniche avant de se laisser tomber sur le dos dans la terre boueuse, les bras en croix.
- Ca ne peut pas être pire, je crois... lança une voix féminine à un golem qui battait frénétiquement des ailes pour se maintenir en l'air.
A ces mots, la pluie redoubla soudain d'intensité, martelant furieusement la terre dans un bruit infernal. Un nouvel éclair, suivit du tonnerre.
La personne fronça les sourcils, excédée.
- A l'évidence, si ; ça pouvait être pire... Bon, allons-y, fit-elle en se relevant péniblement avec la désagréable sensation que son corps ne se constituait plus que de son tronc, ne sentant plus aucune sensation dans ses membres épuisés.
« Que la nature est cruelle... grommela-t-elle intérieurement. J'ai beau ne ressentir plus aucune force, le froid, lui, je le sens sacrément bien. »
Et cette cape de voyage, élimée et déchirée par les combats, qui ne protégeait plus de rien du tout. La vagabonde préféra s'en délester tout de suite, lourde qu'elle était, chargée d'eau et de boue.
Courant sur le chemin menant à la Porte, les bras au-dessus de la tête, elle remonta la côte au milieu des bois avec pour seul objectif en tête : se mettre au sec le plus vite possible. Sans remarquer la paire d'iris d'un bleu sombre qui la suivait des yeux depuis le couvert d'un immense chêne en bordure de chemin.
Lorsqu'elle se stoppa devant l'immense porte gravée d'une figure grotesque, la femme lança haut et fort –et presque agressivement- pour couvrir le vacarme infernal de l'orage et attirer l'attention de la figure :
- GARDIEN !!
Les yeux gravés s'animèrent soudain comme des gyrophares et rivèrent leurs feux sur la petite silhouette qui se tenait devant elle, la femme dû mettre son bras en visière, agressée par la lumière trop vive.
- Déclinez votre identité ! lança la Porte de sa voix haute-perchée, voire snobe. ETES-VOUS HUMAIN ??!! paniqua-t-elle d'un coup, en braquant ses énormes yeux sur l'intruse qui recula d'un pas, méfiante.
- Oui, bien-sûr que je suis humaine, gronda l'intéressée. Je m'appelle...
Elle ne finit pas sa phrase, sentant du mouvement dans son dos, elle fit brusquement volte-face et dégaina dans le même mouvement la dague qui pendait à sa ceinture pour contrer la lame de katana qui allait frapper son dos.
Sous la pluie de hallebardes, la fille vit un jeune homme lui faire face, il avait les cheveux longs, noirs, coiffés en queue de cheval, le visage ruisselant et dur. Ses yeux effilés et sombres la fixaient avec animosité à travers le rideau de pluie, un regard perçant, qu'elle lui rendit aisément.
- Qui es-tu et que viens-tu faire ici ? cracha-t-il d'une voix grave en maintenant la pression sur la dague de sa vis-à-vis.
- C'est comme ça qu'on accueille les nouveaux, ici ? C'est charmant ! railla cette dernière en s'appuyant d'avantage sur la lame de son « agresseur » pour lui rendre la monnaie.
Le golem noir à forme ovale qui voletait près de la tête de sa propriétaire émit alors un « bip » sonore et la voix d'un homme parvint aux deux jeunes gens :
- Allons, allons, Kanda ! Ont agresse pas les nouvelles recrues comme ça ! protesta l'homme. Le Gardien n'a même pas eu le temps de la contrôler !
- Ca me rappelle quelque chose, cette arrivée, gloussa la voix d'une jeune fille derrière celle de l'homme.
Le dénommé Kanda lâcha un sifflement irrité puis rengaina son épée, imité par la nouvelle qui lui tira discrètement la langue d'un air mi-triomphal mi-narquois avant de se retourner vers le Gardien.
- Quoi ?! Qu'est-ce que... ! s'indigna le garçon.
Le Gardien promena un instant ses yeux-gyrophares sur tout le corps de la nouvelle avant de se décider à lui ouvrir ses portes. Elle entra, suivie de l'irascible.
La pluie les avaient copieusement douchés tous les deux et une petite marre commençait à se former à leurs pieds.
La fille tourna la tête à droite, puis à gauche, englobant du regard le grand hall vide avant d'apercevoir une boule dorée sortir en trombe d'un couloir et lui foncer dessus à toute vitesse pour terminer brusquement sa course devant le nez de la nouvelle qui regardait cette drôle de bête jaune doré ornée d'une croix avec surprise. La bestiole ailée prit de l'altitude et se posa allègrement sur ses cheveux avec un soupir de bien-être. La jeune fille se retourna pour interroger la fou furieux qu'elle venait de rencontrer et s'aperçu avec mauvaise humeur qu'il était déjà parti.
Avant qu'elle ait put ouvrir la bouche, un jeune homme aux cheveux d'un blanc neige déboula à la suite de la créature en criant désespérément :
- Où es-tu allé, Timcampyyyy !
- C'est ça que tu cherches ? lança la fille, plantée dans l'entrée avec sa valise, en désignant du doigt la boule dorée qui avait élu perchoir sur sa tête.
L'adolescent tourna la tête vers la voix et son visage s'éclaira d'un sourire reconnaissant.
- Ah, tu l'as attrapé ! Merci beaucoup ! fit-il en s'inclinant respectueusement avant de remarquer...
- Mais, tu es trempée !
- J'avais remarqué.
- Tu es une nouvelle ? Enchanté, je m'appelle Allen Walker, je suis exorciste, se présenta le jeune garçon sans se démonter, en lui tendant une main chaleureuse.
La jeune fille constata un instant la main tendue du garçon derrière sa capuche avant de la saisir et se s'incliner brièvement.
- Je suis Ren Hanaoka, exorciste.
- J'ai hâte d'être envoyé en mission avec toi, Ren ! lança Allen, tout enthousiasmé de rencontrer une nouvelle compatible. Ah ! Et lui c'est Tim ! -pour tout salut, la queue de l'intéressé alla mollement s'écraser sur le visage de Ren. Viens, je t'amène au bureau de commandement !
- Je sais où il se trouve, signala Ren.
- Oh ? Eh bien, je t'en prie alors. On se voit au dîner ! A plus tard ! lui lança le blandinet en s'éloignant, lui adressant de grands signes de main.
Timcampy battit des ailes, rappelant à juste titre sa présence.
- Il a oublié de reprendre sa bestiole, soupira Ren. Bon, tu m'accompagnes alors, Tim.
Si Ren avait refusé l'offre d'Allen quant-à lui montrer le chemin du bureau de l'Intendant, ce n'était pas par mauvaise foi, mais bien parce que même si son maître et elle se sont trouvés longtemps loin du QG, tenu par ses obligations de maréchal, Sokaro devait « donner de ses nouvelles » de temps en temps, et par la même occasion, passer à la Congrégation.
Elle n'y était venue que trois ou quatre fois, mais cela avait suffit à la disciple pour se remémorer le chemin jusqu'aux labos de la section scientifique et celui du réfectoire.
Et c'est à grandes enjambées que la jeune fille frigorifiée retraça impeccablement le chemin de l'entrée jusqu'à la section scientifique qui leva à peine le nez sur son passage. Ce n'est pas qu'elle était si discrète, mais Ren avait de la compassion pour ses pauvres hommes qui passaient leurs journées et leurs veillées –voire leurs nuits- le nez fourré dans une multitude de dossiers tous semblables, se bourrant de caféine à qui mieux-mieux, une paire de lunettes vissées sur le nez pour continuer à y voir clair.
Deux compères occupaient la table la plus proche de Ren, l'un portant un casque sur les oreilles et une sacrée paire de culs-de-bouteille s'était écroulé de sommeil sur la pile de feuilles qu'il était en train de trier, semant lesdites feuilles aux quatre vents ; son compagnon de galère attifé d'un bonnet qui lui couvrait le visage jusqu'au nez, n'en menait décidemment pas plus large et, tout en grâce et en élégance, s'était effondré, la bave au menton, la joue contre le dossier qu'il rédigeait à l'encre quelques instant plus tôt.
Ren passa sans s'arrêter, les sourcils froncés par toute la concentration et la sincérité qu'elle mettait dans ses encouragements intérieurs à l'adresse de ces pauvres hommes, elle-même se rappelant aigrement de ses soirées en compagnie de son tyran de maître, passées à fendre l'air et à mouliner dans le vide avec son katana jusqu'à ce que ses gestes soient un mécanisme parfait.
La nouvelle poussa la porte de la salle de commandement et entra dans le Temple de la Paperasse en retard dans toute sa splendeur : des piles faramineuses de dossiers se pressant contre les murs de la pièce, un parterre entièrement tapissé de feuilles volantes tachées d'encre, de bâtons de cire, de livres épars et de pots renversés, si bien qu'on en distinguait plus la couleur du tapis.
« Incroyable ! Rien n'a changé : l'Intendant est toujours aussi bordélique. »
- Tiens, salut Ren ! fit une voix au fond de la salle, près des étagères, la même voix qu'elle avait entendue à travers l'½il de son golem devant la Porte.
L'interpellée leva le nez et vit un homme, grand, aux cheveux châtains et coiffés en épis, arborant une blouse blanche de scientifique.
- Commandant Reever ! le reconnut Ren.
- Allons, tu peux m'appeler « Reever » tout simplement ! lui sourit-il. Tiens, prend cette serviette, tu es trempée.
Komui arrive ; je te laisse, j'ai du travail, à plus tard !
- Bon courage !
L'homme la gratifia d'un signe de main et repartit vers les labos.
- Ah, bienvenue Ren, fit la voix endormie de Komui, qui sortit de derrière une pile de dossier tel un spectre, une paire de cernes à faire peur soulignant ses yeux bridés.
« Moins impressionnants encore que ceux de Reever. » jugea Ren.
Et des insomniaques, les laboratoires en étaient remplis.
- Bonsoir Komui, le salua Ren en s'avançant vers le divan, retirant sa capuche pour frotter sa chevelure trempée avec la serviette.
- Comment c'est passé ton voyage, dis-moi ? s'enquit le chinois en penchant la tête de côté, un sourire plissé étirant ses lèvres.
- Pas trop mal dans l'ensemble, résuma Ren, laconique.
Komui sembla s'en satisfaire.
- Le dîner est à vingt heures, tu as deux heures pour prendre une bonne douche, te changer et prendre tes aises dans ta nouvelle chambre.
- Et pour ce qui est de faire connaissance... opposa Ren.
- Avec ta nouvelle équipe ? la devança le chinois. Eh bien... tu auras droit à une présentation plus officielle demain matin ; un membre de la scientifique viendra te chercher.
Ren hocha la tête puis se leva pour sortir après s'être brièvement inclinée devant l'Intendant.
- Bonne soirée, Komui.
Ren monta dans les étages, à la cherche de sa chambre, elle croisa beaucoup de monde : des trouveurs qui flânaient par petits groupes, riant et plaisantant de choses et d'autres, quelques personnes habillées soient de l'uniforme noir soient de vêtements normaux qui marchaient seuls ou par groupes de deux ou trois. Enfin, quel que soit leur uniforme, toutes ces personnes croisaient Ren sans faire attention à elle, bien qu'elle marchât tel un spectre en errance avec son capuchon sur la tête, abritant toujours Timcampy.
Au bout d'une heure, la nouvelle trouva sa chambre, elle poussa la porte : c'était une pièce moyenne, sobrement décoré sans pour autant être macabre. Un lit -assez grand pour s'y étirer de tout son soûl- occupait l'angle droit du fond, près de la grande fenêtre cachée par des rideaux autrefois blancs, rendus grisâtres par la poussière. Une commode de bois vétuste et poussiéreux sur laquelle étaient disposé un chandelier et plusieurs bougies disséminées ça-et-là, un haut vase blanc d'où émergeaient trois énormes roses d'un rouge sombre, baignées dans le clair de lune naissant par la fenêtre. Le meuble était disposé contre un mur et surplombé d'un grand miroir décoré de dorures ternies, opaque de poussière et fissuré en son haut coin gauche.
Des étagères vides, une table de chevet, un bureau et un tabouret occupaient le reste de la chambre.
« C'est pas trop mal, après, reste à aménager un peu. » songea Ren en déposant sa valise près du bureau.
Le golem ovale jaillit de son col mouillé et alla se poser sur la table de chevet, au dessus du réveil, où il replia ses ailes noires pour s'éteindre, tel une minuscule chauve-souris.
La jeune fille retira son capuchon et se délesta de ses vêtements trempés et de ses bottes pour les mettre à sécher sur la bombonne d'eau bouillante dissimulée entre un coin et une étagère. Elle constata l'heure indiquée par les aiguilles de son vieux réveil : 19h10.
« Autant faire un peu de ménage et de rangement tout de suite et aller aux bains plus tard. » décida Ren en remontant ses longs cheveux humides sur sa nuque à l'aide d'une pince avant de commencer à ranger.
La jeune fille commença par ouvrir en grand sa fenêtre et s'emparer d'un chiffon pour nettoyer son mobilier. Elle astiqua avec soin le miroir et ses dorures, réapprovisionna les roses en eau, débarrassa commode, table de chevet et étagères de tout grain de poussière, secoua tapis et rideaux par la fenêtre et rangea ses maigres affaires dans les tiroirs et la penderie avant de se laisser tomber sur son matelas avec un soupir de soulagement. Les aiguilles indiquent 19h50.
La jeune fille reprit ses vêtements, désormais secs et tièdes, prit ses affaires de toilette dans un sac qu'elle jeta sur son épaule et sortit de sa nouvelle chambre pour se rendre au réfectoire du bâtiment.
Elle poussa les deux grandes portes de la cantine et s'y engagea d'un pas ferme. Quelques têtes se tournèrent vers elle. L'immense salle rectangulaire était bourdonnante d'activité et de conversations, d'hommes vêtus de noir, de blanc qui allaient et venaient, plateau en main, une véritable marée de têtes rousses, blondes, brunes et noires s'étalait derrière ces hautes portes.
« Bah putain, vingt heures pétantes, c'est l'heure de pointe ! C'est pire que des vieux ! » s'effara la jeune fille en se dirigeant vers le comptoir de Jerry, sous les regards curieux des quelques attablés qui avaient levés le nez à son entrée.
Une fois servie, son plateau entre les mains, Ren s'engagea dans l'allée qui séparait la salle en deux à la recherche d'une table pas trop encombrée. Se faire quelques amis d'accord, mais c'était pas une raison pour partager le repas entassés les uns sur les autres.
Elle promena tranquillement son regard cristallin sur les tables, ignorant les curieux qui la dévisageait avec insistance et les messes basses -qui formaient à présent un grondement ambiant- lorsqu'elle aperçut une chevelure blanche se détachant de la masse. La silhouette d'Allen agitait vigoureusement les bras dans sa direction, il était assis en compagnie d'une femme aux cheveux foncés et bouclés, d'un jeune homme aux cheveux d'un roux flamboyant et d'une adolescente avec de courts cheveux noirs.
Assis avec Lavi, Miranda et Lenalee, Allen bondissait sur son banc, comme monté sur ressorts, en agitant les bras, euphorique.
- C'est elle ! Ren !! On est là !
La jeune fille leva le nez et sembla les voir. Lavi, le rouquin, manqua de s'étouffer avec sa bouchée de viande. Une... nymphe, un genre de demi-déesse... c'étaient les premiers qualificatifs qui venaient à l'esprit du jeune homme en voyant la jeune femme aux longs cheveux d'un brun cuivré qui avançait vers eux d'un air neutre. Sa démarche était légère et assurée. Elle s'assit à sa droite. Elle avait un visage fin encadré d'une épaisse cascade de cheveux d'un brun aux multiples reflets roux, un teint de porcelaine sur lequel se reflétaient ses traits doux et princiers et où perçaient deux yeux d'aigle, en amande, aussi bleus et clairs qu'une source de montagne : un regard perçant et glacé.
- Merci de l'invitation, fit la nouvelle d'une voix plutôt douce. Agréable à entendre, son timbre clair résonnait aux oreilles comme un chant aux notes cristallines.
« Ce qu'elle est jolie ! » chuchota discrètement Miranda à l'oreille de Lenalee à sa gauche.
- Mais c'est tout à fait normal, assura chaleureusement le maudit. Oh, hum, voici Lenalee Lee, la...
- S½ur de Komui, coupa Ren en séparant ses baguettes dans un claquement sec. Lavi nota que le ton n'était pas cassant, il signifiait juste qu'elle était déjà au courant, le nom de Lenalee étant sur toutes les lèvres de la section scientifique comme étant leur seule oasis dans ce monde d'exploitation.
- Enchantée, fit la chinoise en tendant la paume à Ren, son habituel sourire bienveillant aux lèvres.
Ren posa ses baguettes dans un léger « tac » sur le bord de son bol de soupe, et alla déposer ses doigts sur ceux de la jeune fille qui les lui pressa amicalement, en lui rendant son beau sourire avant de se tourner vers son voisin, le garçon aux cheveux roux.
- Par contre, toi, je n'ai pas le plaisir de te connaitre.
Tiens, Ren se trouvait excessivement polie parfois.
Lavi se redressa de toute sa hauteur assise, et pointa un pouce un brin prétentieux sur sa poitrine, un grand sourire étirant ses lèvres, son seul ½il d'un vert pétillant de malice.
- Moi, c'est Bookman Jr., je suis l'héritier des Bookmen, mais tu peux m'appeler « Lavi » !
Ren arqua les sourcils.
- Bookmen ? Les « Archivistes » ?
- Ouaip' !
Ren lança un sifflement admirateur.
- On n'aurait pas dit, comme ça...
- Gh...
Le rouquin courba brusquement l'échine comme sous le choc d'une grosse enclume imaginaire portant l'inscription « Attitude puérile ».
Allen pouffa dans sa main, une brochette à moitié entamée de dangos dans l'autre imité par les gloussements de Miranda et Lenalee.
- Enchantée de te rencontrer, Lavi, fit Ren avec un sourire amical en tendant sa main pour rattraper sa gaffe.
Le jeune homme releva la tête et capta l'air avenant de la jeune femme, et serra sa main dans la sienne, sans rancune.
« Elle est trop jolie pour que lui en vouloir ! » songea-t-il mentalement avec un sourire d'idiot.
- Je suis Miranda Lotto, se présenta Miranda en serrant à son tour les doigts de Ren. Elle frissonna, c'est qu'elle avait les mains froides !
- Je m'appelle Ren Hanaoka, je suis exorciste, se présenta Ren en se tournant tour à tour vers Miranda, Lavi et Lenalee.
- Tu étais en formation avec le Maréchal Sokaro, au Pays de Galles, mon frère me l'a raconté, fit Lenalee en se penchant en avant.
- Hm, répondit Ren en pêchant un morceau de légume saumuré dans son potage pour le porter à ses lèvres.
- C'est curieux, tu as les cheveux sombres et la forme des yeux en amandes des asiatiques, pourtant ta peau est toute blanche et tes yeux sont bleus, nota Miranda.
- Je suppose que je devais avoir un parent européen, oui, renchérit Ren en réfléchissant, sa paire de baguettes sur les lèvres. Je suis japonaise.
- Ah ! Encore une, fit Lavi.
- J'ose presque ne pas demander avec quel genre d'arme elle se bat, marmonna Allen.
- Ca, vous le verrez en temps voulu, trancha Ren en commençant à boire le contenu de son bol.
Ah !
La japonaise sembla se souvenir d'un détail déplaisant car ses traits firent la moue. Elle reposa son bol et lança :
- Et le fou furieux qui m'est tombé dessus en arrivant, qui était-ce ?
Allen se mit en mode bouderie et croisa les bras sur la table.
- C'était Yu ! ria Lavi.
- Yu ?
- Yu Kanda, c'est notre épéiste, ajouta Lenalee. Il est parfois un petit peu... asocial.
Ren la dévisagea avec la tête de quelqu'un qui l'avait déjà remarqué.
Allen leva le nez sur l'énorme horloge au dessus des têtes.
- A cette heure-là, il a déjà dîné à mon avis. Il doit être aux bains.
- Je ferais bien d'y passer, moi aussi, soupira Ren en constatant en plissant le nez que ses cheveux étaient toujours ternis de poussière.
- Nous avons des bains pour hommes séparés des bains pour femmes par une cloison et un peu plus loin, des bains mixtes, exposa Lenalee.
- Et des douches communes également, renchérit Allen.
Ren hocha la tête et avala un onigiri.
- D'accord, dans ce cas, je vais aller faire un tour aux bains, annonça la jeune femme en se levant de table. Bonne soirée à vous.
Elle sourit une dernière fois avant de s'incliner légèrement et d'emporter son plateau vide, laissant les quatre amis à leur table.
Allen était un peu déçu que Ren soit partie si vite, ils n'avaient pas beaucoup eu le temps de parler, et ce qu'elle leur avait laissé pour toute consolation, c'était un Lavi rêveur.
- Elle était drôlement jolie, hein ? fit le rouquin en sortant de sa transe.
- C'est vrai, renchérit Miranda, souriante. Elle semble un peu renfermée mais elle me fait bonne impression, cette petite. Enfin, je suppose qu'après tout ce temps passé avec le Maréchal Sokaro.
- C'est clair qu'il doit pas être le meilleur des confidents, le bonhomme ! Elle a dû garder tous ces soucis pour elle pendant plus d'un an ! ajouta le jeune archiviste.
- On dirait une poupée de porcelaine, observa Lenalee. Blanche, froide, et pourtant si jolie.
« C'est vrai, songea Allen en regardant le plafond, mais qui-sait ce qu'elle nous réserve ? »